Vendredi 11 mars 2011
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Minuit moins dix, les défenses du Rampart Sanglant étaient en place, Trogg regardait avec fierté la collection de putrides accroché dans les
barbelés et les divers systèmes à pieux et à pointes qu’il avait lui-même mis en place.
Ces pièges aussi meurtriers qu’ingénieux leur permettaient de tenir contre les zombies depuis plus de trois semaines. Le chef de la ville était
confiant, il monta sur le toit de la tour de guet et s’alluma une clope en scrutait les environs : les putrides étaient déjà là mais l’assaut ne débuterait pas avant une dizaine de minutes.
Cela faisait longtemps maintenant qu’il organisait des villes et jamais il n’avait été déçu de l’énergie investie dans ses entreprises. Le filet bleuté de la fumée glissa dans l’infinie du
désert, le citoyen tira une longue bouffée en pensant à ce qu’il avait perdu dans cette guerre interminable contre la mort et la folie. Plus de famille, des amis qui disparaissaient aux grés de
leurs imprudences ou de des limites de leur volonté, des hommes et des femmes qu’il avait du faire pendre pour le bien de la communauté… Et ce désert qui n’en finissait pas, ces zombies toujours
plus affamé…
Trogg n’en pouvait plus, il en avait vraiment assez de diriger des villes qui finissaient toujours de la même façon : détruite par ces
saloperies de morts vivants ou disloquées de l’intérieure par des citoyens ayant sombré dans la folie… Durant la dernière ville il avait vu un groupe de gars tuer une gamine pour la manger… Des
vivants, comme lui et comme n’importe qui entre ces murs… La faim les tenaillaient depuis des jours et ils avaient finit par décréter que ceux qui ne pouvaient se défendre seraient sacrifiés. Ils
avaient fait main basse sur les armes stockées en banque et avaient menacé quiconque se mettrait en travers de leur chemin d’ajouter leur barbaque au festin. Trogg avait malgré tout voulu
s’interposer et il avait récolté une pile plantée dans l’épaule et une belle estafilade à la cuisse. Il avait néanmoins broyé un cou ce qui lui avait valu le respect craintif de ses agresseurs et
la vie sauve. Il n’avait cependant pas pu empêcher les brutes de mettre en pratique leur décret et les trois gamins que la ville protégeait depuis presque 25 jours furent servit au diner.
Trogg ne voulait plus jamais revoir ça, il ne voulait plus entendre les larmes de terreur, les rires de démence, les cris de douleur et les
bruits de mastication… Un des gars n’avait même pas attendu de les cuire et avait mordu directement dans la chair encore chaude… presque palpitante. Trogg n’avait pas pu en regarder d’avantage,
il avait pleuré… lui qui ne s’émouvait de rien avait versé une larme devant la communauté et avait sangloté comme un enfant dans sa tente. Le visage
implorant de la gamine hantait ses nuits et lui arrachait des hurlements nocturnes.
Le survivant tira une longue bouffé de sa cigarette, sorti une petite flasque de sa poche, porta le goulot à ses lèvres et laissa le liquide
couler dans sa bouche, brulant sa gorge et son estomac. Le breuvage, un mélange d'alcool et de café, provoqua en lui une onde de choc qui lui arracha un long frissonnement. Son regard porta loin
dans le désert dans la légion de zombies qui se pressait à ses portes... et là, parmi les orbites vident, son regard croisa celui bleu pâle, vide, de la jeune fille qui hantait ses nuits!
Elle l'avait poursuivit, elle était là pour lui, pour lui arracher les tripes et dévorer sa chair, pour lui faire payer le fait qu'il n'avait pas su la protéger... Le chef de ville n'entendit pas
les hurlements d'alerte des sentinelles et il faillit tomber de son perchoir. L'assaut commençait et il ne parvenait pas à quitter des yeux le petit corps qui avançait, claudiquant, vers les
remparts... une bouteille lui fut adroitement lancer dans les jambes. Le Chef de ville baissa les yeux vers Lars -son bras droit- qui le ramena à la réalité :
- Trogg!! Réveille-toi vieux, ils attaquent et on a besoin de toi pour coordonner les défenses...
L'homme regarda à nouveau là ou la fillette se trouvait... elle avait bien évidement disparu mais l'oppression de son regard ne le quittait pas : elle avançait vers lui, elle savait ou venir le
chercher et lui ne savait pas où elle était. Trogg frappa dans ses mains comme pour conjurer la malédiction et sauta au bas de la tour en hurlant ses ordres... ils ne devaient pas entrer... elle
ne devait pas entrer...
A peine fut il au sol que les vieux automatismes reprirent le dessus sur la terreur de la situation :
- Les lanceurs de bombes à eau sur les tourelles! Les équipes de la perforatrice et du lance briques prenez vos places! Les appâts vivants dans la fausse ville! Placez les renforts de murailles
au niveau des points faibles! Allez les gars ont se remuent...
Déjà les premiers putrides étaient tombés sous les coups des différentes armes misent en place et de nouveaux cadavres ambulants s'accrochaient déjà aux côtés de leur camarades sur les barbelés
ou dans les fosses à pieux. Les eaux des douves bouillonnaient de cadavres en pleine dissolution et les claquements des panneaux du sanibroyeurs battaient en rythme aux miaulements des scies
hurlantes.
Les armes et systèmes de défenses jouaient l'hymne de mort, la seule musique à laquelle l'âme des citoyens sonnait encore. Le Chef de ville regardait avec quelle aisance les lames circulaires
tranchaient les corps quand son regard croisa à nouveau celui bleu pâle, vide, de la jeune citoyenne morte... il ne put réprimer un glapissement de terreur quand il entendit le claquement sec de
l'arrêt les scies hurlantes. Il se tourna juste à temps pour voir que les systèmes étaient bloqués par l'amoncellement de corps, comme si les putrides se suicidaient en masse pour ouvrir un
passage dans les défenses pour la parodie de gamine.
- Les bombes à eau! Hurla Trogg à pleins poumons.
Aussitôt une pluie de sac bleuté s'abattit sur la marée de morts et aux éclaboussures d'eau se mêlèrent bientôt des explosions de chairs pourrit. La cohue conjuguée au feu d'artifice de viscères
fit à nouveau perdre de vu au Chef de ville sa Némésis. Il se précipita en haut de la tour de guet à la recherche des yeux bleus pâles, vides, mais il ne vit rien d'autre que le grouillement
épouvantable de la multitude claudicante qui périssait à nouveau aux portes de la ville.
Son cœur se serra quand les voix de ses camarades lui apprirent que les munitions s'épuisaient... la marée de morts avait diminuée en intensité
certes, mais il ne les voyait pas refluer... les appâts vivants rentrèrent faire leur rapport : une bonne partie des attaquants étaient perdu entre les murs de la fausse ville et l'assaut des
putrides se désorganisait progressivement.
Les nouvelles étaient bonnes mais Trogg n'en croyait pas ses oreilles... un mauvais pressentiment était né au creux de ses entrailles au moment ou il avait croisé le regard bleu pâle, vide. Il
regroupa néanmoins les survivants autour de la tour de guet et ses camarades les plus fidèles montèrent avec lui pour évaluer la situation :
L'assaut de la horde avait diminué de deux tiers mais les putrides refusaient de refluer... les citoyens ne comprenaient pas cet acharnement inhabituel... mais finalement elle se montra : les
yeux vides, les yeux bleus pâles. La peau de la jeune citoyenne pendait mollement de sa mâchoire inférieure là ou la chair avait pourrit et un gros trou ornait son flan droit. « Là ou les
gars avaient prélevé les premières livres de chaire », pensa Trogg. Un long frisson lui glaça le dos et il ne put réprimer un claquement de dents quand elle s'adressa à lui d'une voix
grinçante :
- Je suis venu pour toi... lui lança-t-elle. Son regard, une braise bleue glaciale, flamboya d'une lueur malsaine. J'arracherais ton cœur palpitant et le dévorerais devant tes yeux...
Avant même que ses camarades ne se tournent vers lui, la raison de Trogg bascula dans l'abîme de la folie quand il vit ce que sa Némésis avait apportée avec elle : Les putrides qui l'entouraient
s'avancèrent, formèrent des rangs serrés et semblèrent se fondre les uns dans les autres... ils se liquéfièrent en une soupe informe de chair et d'os putréfiés... qui bientôt s'anima de
pulsations et de vibrations obscènes. Une forme immense... vaguement humanoïde en émergea lentement... très lentement... trop...
La forme paru hésité et
s’effondra sur elle-même. La surface lisse se déchira alors qu’elle était animée de flottements… elle se mit à enfler et à se modeler pour prendre la forme d’un monstrueux crane palpitant et
dégoulinant d’humeurs aussi visqueuses que puantes. Les rondeurs des pommettes ainsi que les courbes étaient formée par des entrelacs de membres, jambes et bras. Les dents étaient des têtes de
zombies hurlantes derrière lesquelles une langue gélatineuse d’organes putréfiés s’agitait au rythme des borborygmes de la chose. Ses orbites étaient constituées de membres à la chair exposé,
deux énormes bulles de sang constituaient les globes oculaires de la tête émergeante du sol.
Les zombies apparaissaient à la surface de la monstrueuse apparition, comme nageant dans la substance qu’ils constituaient de leur corps et de leur chaire pourrissante. Des pseudopodes
fouettaient l’air, griffaient le sol et faisaient lentement ramper la chose vers les remparts de la ville et les quelques citoyens encore lucides.
Comme si le summum de la terreur n’était pas encore atteint, le cauchemar rampant ouvrit la bouche et une haleine de mort se déversa au gré du vent. Une poigné de survivant s’évanouit ramenant le
nombre de lucide à moins d’une dizaine… ceux là iraient jusqu’au bout de la folie qui se déchainaient devant la ville. Un bruissement monta lentement de la cavité putride, un son qui rappelait
une myriade de crabe courant sur la pierre…
Trogg laissa échapper un gémissement en voyant la légion d’araignes courir vers les murs d’enceinte, mais les arthropodes n’avaient rien de normal. Ils étaient faits de chair et d’os, de tendons
et d’organes palpitant de malice et de venin… Certains étaient pourvus de plusieurs petits yeux, d’autre d’un gros globe miroitant, tourné vers les quelques citoyens qui, accrochés aux remparts,
hurlaient leur incompréhension.
Le chef de ville était seul, prisonnier de son esprit au prise de ses affres… ce n’était pas réel, ce n’était pas possible lui hurlait sa raison… mais au plus profond de son cœur une autre voix
lui hurlait que dans ce monde de mort et de non mort, là ou le destin se jouait de ce qui était autrefois possible… la normalité n’avait plus court.
Trogg n’avait plus de repères, plus rien n’était comme avant et là, perdu dans les replis de ses angoisses, de l’horreur et de l’épouvante, il ne pu s’empêcher de se dire que c’était ça… la
nouvelle réalité. Du reste de l’attaque il ne perçu presque rien, à peine le bruissement affolant de la marré d’arthropodes de chair, il ne ressentit presque pas l’onde de choc de l’impact entre
le crane et les remparts. Ni le bruit des murs qui se fracassent ni celui de la chair dévorée encore vivante ne le firent frémir… la petite fille lui posa une main décharnée sur l’épaule tandis
que des araignées lui dévoraient les jambes, le ventre… Il vit la main plonger vers son cœur et ses yeux se fermèrent sur l’image du muscle palpitant dans la petite main infantile…
Lotthar reprit sa forme d’origine et regarda le cœur dont les frémissements de vie se faisaient de plus en plus ténus… sa puissance et les possibilités de terreur l’émerveillaient… son regard
malveillant balaya les ruines de la ville tandis qu’il se délectait des hurlements de ceux que la mort prenait… La mastication de la chair palpitante, les muscles qui se déchirent, les tendons
qui claquent et les os qui craquent… le tout mêlés aux gémissements, aux cris… aux larmes. L’horreur née de la folie, la terreur née des phobies les plus folles que Lotthar avait puisé dans les
esprits apeurés des citoyens. Le fils du Chaos parti d’un rire dément… il avait hâte de faire hurler le Chaman au son de ses propres angoisses…